Mon intervention au dernier Conseil Municipal du 18 décembre 2006
Présentation du budget primitif 2007
Intervention d’Yves Japiot
Conseiller municipal UMP de Dijon
Curieux contes de Noël que ces comptes publics que vous infligez aux Dijonnais depuis cinq ans à pareille époque.
Ces budgets successifs n’ont fait rêver les Dijonnais que le temps de votre élection. Aujourd’hui, le désenchantement est palpable et pourtant les citoyens de notre bonne ville n’ont pas encore tout vu.
Ce budget me fait penser à un sapin de Noël érigé pas loin de nous sur la place de la Libération rebaptisée pour la circonstance, comme c’est étrange cette coïncidence, place Royale. Il y a des guirlandes partout, on en a plein les yeux mais çà clignote avec une telle insistance que tout à coup on prend peur : et si des courts-circuits venaient à mettre le feu à l’arbre ? Les pompiers veillent, vos opposants d’aujourd’hui se préparent d’ores et déjà à éteindre les incendies demain, en 2008, en espérant que ce ne sera pas trop tard.
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Le grand mérite du document en discussion ce jour réside dans un aveu qui est un pied de nez adressé aux Dijonnais. Page 7 du rapport général, vous écrivez en effet : « Il est primordial que le produit fiscal progresse pour ne pas appauvrir les finances de la Ville ». Autrement dit, avec un cynisme inégalable, vous signifiez que pour les Dijonnais les impôts augmentent et tant pis si cela se fait au détriment de leur porte-monnaie avec la baisse du pouvoir d’achat qui en résulte.
Avec la gauche, décidément, c’est toujours pareil : on fait la fête, on dépense à tout va et on laissera à la droite et au centre le soin de boucher les trous. La cigale devrait orner tous les papiers à en-tête de la mairie sous votre mandat.
Nos critiques reposent sur des chiffres et des données indiscutables puisqu’ils figurent noir sur blanc dans le dossier établi par vos services. Quand on se remémore vos réactions aux observations que nous avons formulées par le passé, on se demande parfois si vous lisez ces documents et même si vous comprenez vraiment tout ce qu’ils contiennent.
Prenons par exemple l’endettement de la Ville : il y a un ratio qui parle de lui-même, celui de la page 3 du budget, 1 268 € par habitant, du retraité au nouveau-né ou, par foyer fiscal environ 2 mois de salaire (une progression de 203 € depuis que vous avez été élu) et un niveau de 25% supérieur à la moyenne nationale en 2004.
Alors, inutile d’essayer d’endormir les Dijonnais en leur précisant page 14 du rapport général avec un aplomb stupéfiant que « les réaménagements d’emprunt réalisés au cours des exercices passés permettent de bien maîtriser l’annuité ». Vous n’arriverez pas à abuser nos concitoyens qui, eux, connaissent ce que coûte leur emprunt personnel et savent bien que l’on peut maintenir une annuité en allongeant la durée de remboursement du prêt. Voilà le tour de passe-passe, nous le disons nous, clairement, l’honnêteté devrait vous conduire à le préciser également, sinon il y a tromperie ou dissimulation.
Çà n’est pas la seule grave dérive de votre gestion.
Prenons les dépenses réelles de fonctionnement par habitant, elles augmentent plus vite que la moyenne nationale. Il n’y a là rien d’étonnant compte tenu des titularisations massives auxquelles vous avez procédé. Soit, cela était peut-être justifié dans certains cas mais alors, pourquoi aujourd’hui nous dire page 3 du rapport général que « pour contenir la masse salariale, il est proposé d’agir sur les remplacements d’agents admis à la retraite, ainsi que sur le nombre de postes créés » ? Beau résultat 5 ans après votre arrivée au pouvoir : disons les choses comme elles sont, après avoir inconsidérément augmenté le nombre d’emplois, vous voulez les réduire un peu aujourd’hui et par voie de conséquence diminuer les services offerts à la population. Il fallait le dire au moment de votre élection, c’est maintenant seulement que les masques tombent. Vous avez été élu sur des promesses à tenir, vous serez battu sur des promesses non tenues. Ajoutons qu’on entend dire que des heures supplémentaires effectuées par les agents seraient supprimées avec leur corollaire : moins de temps au service des Dijonnais et baisse du pouvoir d’achat des fonctionnaires. Comment voulez-vous que l’on ne voit pas là une politique de gribouille ?
Autre tendance inquiétante révélée par la ratio N°10 page 3 du budget : les dépenses d’équipement baissent alors que les recettes augmentent grâce, si l’on peut dire, à une ponction de plus en plus insupportable sur les ressources des Dijonnais à travers leurs impôts locaux en hausse de près de 5,5 % en un an et de 25% depuis votre élection.
Tous ces indicateurs sont autant de clignotants sur notre arbre de Noël, annonciateurs de nombreux courts-circuits. Vous auriez été bien inspiré de suivre l’exemple de l’Etat qui a choisi une croissance zéro de son budget tout en reconduisant son contrat de croissance et de solidarité avec les communes. La DGF pour Dijon progresse ainsi de 2,05 % soit davantage que l’inflation.
Et où en serions-nous si la Région ne venait pas à votre secours pour des sommes considérables, supérieures à 4 Millions € pour le fonctionnement et 1,5 Millions € pour l’investissement, ainsi que la Comadi dont on peut s’étonner qu’elle finance pour 800 000 € le secteur cyclable de Dijon : y a-t-il donc tant de cyclistes qui traversent Dijon pour aller de Fontaine à Sennecey-les-Dijon ou de Quétigny à Plombières-les-Dijon ?
Pour essayer de boucher les trous, vous utilisez un expédient peu glorieux : vendre le patrimoine des Dijonnais pour 8 Millions € ( + 2 Millions € par rapport à 2006).
Vous n’écoutez aucune de nos mises en garde, vous avez tort. Depuis que vous êtes arrivé aux affaires, vous avez eu la chance de bénéficier d’une baisse constante des taux d’intérêt mais vous n’avez cessé d’emprunter, vous êtes « Monsieur plus de dettes » comme nous l’avons démontré tout à l’heure. Et aujourd’hui, vous êtes contraint d’afficher page 5 du rapport général une hausse de 11 % des charges financières dûe pour une part, mais pour une part seulement, à la remontée régulière des taux d’intérêt depuis un an. Et voilà la cigale fort dépourvue quand les vents contraires commencent à souffler. Se profile ainsi à l’horizon 2008 le syndrome de Talant à la fin des années 70, ville administrée alors par un de vos collègues socialistes, avec son cortège d’impôts excessifs, de dettes massives et une situation de quasi cessation de paiement.
Vous ouvrez à grand débit le robinet des finances de la Ville. Si au moins cela se faisait avec un vrai souci de prospective, de cohérence, d’aménagement réfléchi.
Mais que dire de cet accroissement substantiel de la capacité d’accueil au Parc des Sports sans avoir proposé un plan d’ensemble pour le stationnement des véhicules de tous les nouveaux spectateurs attendus ? Dans l’état actuel des choses, la pagaille est assurée.
Que penser également de tous ces aménagements de pistes cyclables à contresens auxquels ni les automobilistes, ni les piétons, ni les cyclistes ne comprennent rien ? En l’absence de voies sécurisées et d’une véritable répression à l’encontre de tous les contrevenants au code de la route, on peut être certain que l’on recensera très vite des accidents graves.
N’y a-t-il pas aussi gâchis des finances publiques avec l’achat de cette villa avenue Victor Hugo pour des raisons idéologiques ? Pour la même somme, on aurait pu réaliser 5 fois plus de logements sociaux ailleurs.
Il n’y a plus de sous dans les caisses. C’est en substance ce que l’on nous a dit lors de la dernière réunion de la commission de quartier du centre-ville pour expliquer un piteux mini-réaménagement de la Place Grangier qui devra bien un jour faire à nouveau la fierté de notre ville.
Est-ce aussi parce que les caisses sont vides que vous ne donnez pas davantage de moyens à la police municipale pour assurer la sécurité en ville, la tranquillité publique comme vous dites ?
Nulle part enfin vous n’évoquez la folle envolée des prix de l’eau : + 56% de 2000 à 2006.
Votre fin de mandat est bien décevante. Une courte majorité de Dijonnais vous avait fait confiance en 2001 mais les motifs de regret apparaissent de plus en plus au grand jour, leur énoncé précédent n’étant pas exhaustif. C’est bien triste, vous auriez pu faire tellement mieux en particulier pour l’accueil des jeunes enfants dans les crèches et des personnes âgées dans de nouvelles résidences ou bien en faveur du logement social loin des artifices et des initiatives coûteuses.
Mais non, vous imposez des aménagements qui horripilent bon nombre de Dijonnais sans la moindre concertation préalable, vidant de sens ce que vous appelez pompeusement la démocratie participative. On peut citer à ce titre les couloirs de bus dont il faudra bien un jour revoir la répartition.
Vous poursuivez frénétiquement la réalisation d’équipements de toute nature sans vous préoccuper des futurs frais de fonctionnement qu’ils vont entraîner. Et pourtant, quand on lit en page 3 du rapport général à propos des charges à caractère général qui progressent de 4,8%, que cette hausse serait dûe au « fonctionnement à plein régime de structures ouvertes l’an passé », on se dit que le pire est à venir pour les Dijonnais, comme par hasard après 2008, quand vous aurez fini de couper tous les rubans d’inauguration qui se profilent dans l’année qui vient.
Nous ne craignons pas de dire qu’il y a chez vous une grande part d’irresponsabilité. Que vous n’ayez jamais fait nulle part vos preuves comme gestionnaire saute aux yeux ici, les Dijonnais commencent à s’en apercevoir.
La dure réalité s’impose petit à petit, malheureusement. Votre opposition s’en fait l’écho aujourd’hui encore plus qu’hier mais bien moins que demain.
Le conseil municipal est la seule assemblée légitime où à travers leurs élus tous les Dijonnais sont représentés. C’est là que se confrontent les propositions et les projets, là et d’abord là que se prépare le combat de la reconquête pour une nouvelle majorité au service de tous les Dijonnais.
Le vote du budget détermine les actions fortes engagées par le pouvoir en place. A cette occasion l’opposition pointe du doigt les dysfonctionnements, les incohérences, les d angers de vos initiatives, c’est son droit, c’est même son devoir et dans une démocratie vous devez le respecter. Là , il y a de votre part de fréquentes entorses en particulier lorsque vous nous interdisez de prendre la parole. Lorsque vous êtes contesté, sachez que les Dijonnais nous accompagnent chaque fois plus nombreux. Ne vous faites pas d’illusions, les quelques jours où vous êtes à Dijon, vous devriez vous rendre compte qu’il n’y a pas de Rebsamania. Après le flux en 2001, vous seriez bien avisé d’observer le reflux en 2006.
Pour redonner espoir aux citoyens de notre ville, l’opposition se met en ordre de marche et prépare une ère nouvelle avec de vraies ambitions pour Dijon et sa métropole dans les domaines de l’emploi, de l’éducation, de la sécurité, de la culture, du logement, de la circulation, des infrastructures et du rayonnement international à un niveau bien supérieur à celui que nous connaissons aujourd’hui.
Un projet pour la remise en ordre de nos finances sera élaboré après qu’un audit public nous aura donné un état précis du délabrement des comptes de la Ville à la fin de votre mandat.
Prenez note qu’une nouvelle majorité s’apprête à prendre la relève. Elle s’inspire du bas-relief qui orne la façade de l’Arc de Triomphe à Paris et qui fut exécuté par le grand sculpteur dijonnais François Rude.
En effet, ce départ des volontaires, les soldats de l’an II de la Révolution, pour défendre les frontières menacées, exprime par ce grand cri d’enthousiasme - la Marseillaise- toute la fougue et la passion qui nous animent aujourd’hui. Une autre voie se dessine pour l’avenir de Dijon, nous la préparons en votant contre ce budget irresponsable.